Aiguille de Bionnassay (4052m)
Ce week-end, on s'est décidés à tenter l'aiguille de Bionnassay (4052m) dans le massif du mont Blanc.
Course côtée AD. Arête éffilée, passage à 40° et un peu de rocher IIIsup.
L'aiguille de Bionassay depuis le Prarion
Départ d'Annecy tranquillement à 9h30 après une très mauvaise nuit à cause de ma crève.
Fred et Mathieu sont de la partie. Fred est aussi malade.
On arrive aux Houches et première mauvaise surprise : le téléphérique des Houches est fermé !
N'ayant pas envie de redescendre à Saint Gervais pour reprendre le train du mont Blanc, on file au télécabine du Prarion qui nous monte à 1900m.
De là on redescend au col de Voza (1700m) et on remonte à Bellevue.
45 minutes de marche qui viennent s'ajouter à une montée en refuge qui est loin d'être courte !
Bout de glace abandonnée par le glacier
On passe la passerelle au dessus du torrent et on remonte au col du Tricot. On monte très vite et mon altimètre ne descend pas en dessous de 850m/h.
Au col du Tricot, que de monde !!! Pas étonnant, c'est une variante du TMB et la vue sur les Dômes de Miage est plûtot jolie. On s'arrête manger un peu à l'écart de la foule.
On repart vers le refuge de Plan-Glacier par le sentier balcon. Le sentier est un peu long car on passe son temps à remonter et à redescendre, ce qui ajoute pas mal de dénivellée.
En montant à Plan-Glacier, la cordée des Mat(t)hieu
On repart pour Durier dans le brouillard, qui se déchire de temps en temps pour nous laisser entrevoir le versant N des Miage.
Il est loin encore ce Durier !!!
On prend pied sur le glacier vers 2780m. Les chutes de pierre sont constantes, ça pète de tous les côtés ! Ambiance "port du casque obligatoire" !!!
"Faut pas tomber" qu'on dit dans ces cas-là ;-)
L'arête Mettrier des Dômes de Miage
Je fais quelques pauses pour filmer et pour ramasser de jolis cristaux.
Arrivée à Durier... ah non c'est le refuge d'hiver :o) Arrivée au vrai refuge à 19h. Nous avions pris soin de prévenir Olivier-le-robot-gardien-forumeur-de-c2c que nous serions là un poil plus tard que prévu.
Quelle ambiance dans cette cabane ! C'est à voir ! Encore plus petit que le refuge de l'Aigle ! et on y mange très bien (bravo encore pour le dîner).
"Allo Maman? je viens pas dîner ce soir..."
Que dire devant ça ?
Tout le monde paye après manger. On se décide pour un lever à 4h. La météo est bonne et on préfère profiter sereinement de la course que de speeder pour aller au mont Blanc.
De plus la nuit est étoilée et claire, mais le sommet du mont Blanc est déjà coiffé d'un nuage lenticulaire, ce qui en général ne laisse aucun doute sur l'évolution de la météo...
Sur l'arête Sud de Bionnassay. Il est 5h45.
On chausse les crampons 100m au dessus du refuge. L'itinéraire suite l'arête, assez large, qui finit par se rétrécir vers 3700m. Un court ressaut rocheux vers 3750m, on passe un col à 3780m pour venir butter contre le bastion rocheux.
Le bastion rocheux (III) vers 3900m
L'escalade s'annonce sympathique, mais il fait froid et hors de question d'enlever les gants. On garde les crampons.
Fred passe en tête, Mathieu ferme la marche.
Ambiance ambiance !
Première longueur sympathique, un pas sur dalle un peu technique.
Le rocher est froid...
Deuxième longueur tout aussi sympa, un passage en boîte aux lettres.
la suite en corde tendue jusqu'au sommet.
Et hop, un 4000m de plus :-)
Ca se dégage sur les Miage...
Versant nord, on devine juste les 1600m de vide qui nous séparent du glacier.
On devine tout le développé de l'arête, qui se perd dans les nuages au niveau du piton des Italiens (4002m).
...Par contre du côté du mont Blanc...
Pause photos et vidéo.
La météo a l'air stable. Pas franchement beau, pas franchement mauvais. On décide de continuer par l'arête.
Très vite l'arête se fait éffilée et très fine. C'est somptueux. La trace suit le fil un peu trop près des corniches à notre goût et plusieurs fois nous ne la suivons pas.
Matthieu et Mathieu
Moi sur l'arête
Ca ne se voit pas mais là, on mange...
On gagne rapidement le col (3888m), puis la montée reprend via le fil de l'arête vers le Piton des Italiens (4002m) et le Dôme du Goûter.
Le piton des Italiens (4002m)
Le vent devient beaucoup plus fort et on se fait prendre par le brouillard. On perd les traces de pas vers 4280m.
Instants d'inquiétude. On sait vaguement où on est, mais il y a des séracs sur la face. On ne voit vraiment rien. C'est la tempête. On allonge l'encordement.
On ne peut s'empêcher dans ces moments-là de penser au pire. Creuser un trou, ...
La descente du Dôme du Goûter est connue pour ne pas être évidente par mauvais temps.
On décide de ne pas trop descendre, de suivre notre ligne de niveau en espérant retomber sur l'autoroute de la voie normale du mont Blanc. La trace était visible la veille depuis la vallée, elle doit donc être très large.
On ne croise personne. Plusieurs fois on distingue des séracs juste au dessus, puis on traverse une zone crevassée.
Au final on tombe sur des traces de pas... puis des traces de pipi... et une gerbe ! pas de doutes, on a retrouvé la trace ! :-)
On est à 4200m environ. On essaye de suivre les traces, les perdant par moments puis retombant dessus. Finalement une tente... puis des étrangers essayant de plier leur bivouac... et enfin le refuge du Goûter. Il est 13h.
On s'engouffre dans le refuge à la recherche d'un peu de chaleur. Il n'y a pas mal de personnes, beaucoup sont étrangères.
On commande quelque chose à manger : soupe, café ou thé.
Nous avons du mal à nous réchauffer. Il doit faire 13 degrés dans la grande salle. On appelle nos familles pour leur dire notre situation , que tout va bien mais qu'on a mis plus de temps que prévu.
On ne sait pas encore si on va redescendre ou dormir en refuge. Aucune envie de retourner dehors...
Et puis finalement, on appelle le répondeur météo France. Il annonce "quelques nuages en fin de matinée"...no comment... et une dégradation pour lundi.
Autant resdescendre. Au moins à Tête Rousse.
On part du Goûter à 14h.
Descente rapide. Nous quittons le glacier de Tête Rousse à 15h10. Nid d'Aigle à 16h10. C'est encore possible de descendre via le train du TMB... Le pied !
On prend le train à 16h50. La vendeuse nous a dit qu'on serait au col de Voza à 17h35... La télécabine du Prarion ferme à 17h45 : impossible de l'avoir :-(
Et puis, pour rigoler, je pense à faire du stop pour remonter... Il y a des 4*4...
Col de Voza à 17h15. On a 30 minutes pour faire 200m de dénivellée, avec la fatigue du WE, les gros sacs, ... C'est jouable !!!
On tente le tout pour le tout et on part en trottinant. 17h20... 17h25...17h30... Et là, un 4*4 me double. Puis double Mathieu... Et s'arrête au niveau de Fred. Génial !
On monte tous les trois dans la benne du pick-up et il nous monte au télécabine. 17h40 ! C'était juste !
Et nous voilà de retour à la voiture à 18h00. Qui l'eût cru ? HAPPY END !
4h plus tôt on était tous les trois démotivés et renoncés à passer une nuit supplémentaire en refuge, et au final on est à la voiture :-)
BILAN : très belle course. Même si la météo ne nous a pas permis de profiter pleinement de la vue et de la magie de cet itinéraire, je pense que cette course restera un bon souvenir pour tous les trois.
On comprend mieux ce que ça fait de se retrouver dans la tempête à 4300m. Nous avons eu certes un peu de chance, mais c'est aussi parce que nous avons bien géré la situation : beaucoup de sang froid, concertation régulière des uns et des autres, entraide.
Un bon moyen de tester la fiabilité de la cordée. Et quelque part, la satisfaction de pouvoir compter les uns sur les autres.
L'année dernière on avait trouvé la traversée des arêtes de Rochefort assez exposée et fine. Par rapport à l'arête de Bionnassay, c'est "rando"...
Attention à ne pas sous-estimer cette course, c'est quelque chose de très beau mais qui nécessite d'être sûr de soi et concentré tout le long.
La haute-montagne dans la tempête, ça donne pas franchement envie de creuser un trou pour y passer la nuit...
Course côtée AD. Arête éffilée, passage à 40° et un peu de rocher IIIsup.
Côté engagement, IV : on va comprendre ce que ça signifie...
Départ d'Annecy tranquillement à 9h30 après une très mauvaise nuit à cause de ma crève.
Fred et Mathieu sont de la partie. Fred est aussi malade.
On arrive aux Houches et première mauvaise surprise : le téléphérique des Houches est fermé !
N'ayant pas envie de redescendre à Saint Gervais pour reprendre le train du mont Blanc, on file au télécabine du Prarion qui nous monte à 1900m.
De là on redescend au col de Voza (1700m) et on remonte à Bellevue.
45 minutes de marche qui viennent s'ajouter à une montée en refuge qui est loin d'être courte !
De Bellevue, on descend vers le torrent de Bionnassay. Un énorme morceau de glace y a été délaissé par le glacier lors de son retrait.
On passe la passerelle au dessus du torrent et on remonte au col du Tricot. On monte très vite et mon altimètre ne descend pas en dessous de 850m/h.
Au col du Tricot, que de monde !!! Pas étonnant, c'est une variante du TMB et la vue sur les Dômes de Miage est plûtot jolie. On s'arrête manger un peu à l'écart de la foule.
On repart vers le refuge de Plan-Glacier par le sentier balcon. Le sentier est un peu long car on passe son temps à remonter et à redescendre, ce qui ajoute pas mal de dénivellée.
On arrive à Plan-Glacier à 16h. La gardienne se trouve être une copine d'entrainement de Fred... le monde est petit !
Sur la morraine de Plan-Glacier
On repart pour Durier dans le brouillard, qui se déchire de temps en temps pour nous laisser entrevoir le versant N des Miage.
On prend pied sur le glacier vers 2780m. Les chutes de pierre sont constantes, ça pète de tous les côtés ! Ambiance "port du casque obligatoire" !!!
On repère la vire qui permet de prendre pied sur l'éperon. De là il reste 500m de dénivellée. On voit le refuge depuis le bas, ce qui a tendance a démotiver sérieusement...
Je fais quelques pauses pour filmer et pour ramasser de jolis cristaux.
Arrivée à Durier... ah non c'est le refuge d'hiver :o) Arrivée au vrai refuge à 19h. Nous avions pris soin de prévenir Olivier-le-robot-gardien-forumeur-de-c2c que nous serions là un poil plus tard que prévu.
Quelle ambiance dans cette cabane ! C'est à voir ! Encore plus petit que le refuge de l'Aigle ! et on y mange très bien (bravo encore pour le dîner).
Tout le monde paye après manger. On se décide pour un lever à 4h. La météo est bonne et on préfère profiter sereinement de la course que de speeder pour aller au mont Blanc.
De plus la nuit est étoilée et claire, mais le sommet du mont Blanc est déjà coiffé d'un nuage lenticulaire, ce qui en général ne laisse aucun doute sur l'évolution de la météo...
Lever à 4h, pti dej et préparatifs. On quitte le refuge à 5h.
On chausse les crampons 100m au dessus du refuge. L'itinéraire suite l'arête, assez large, qui finit par se rétrécir vers 3700m. Un court ressaut rocheux vers 3750m, on passe un col à 3780m pour venir butter contre le bastion rocheux.
L'escalade s'annonce sympathique, mais il fait froid et hors de question d'enlever les gants. On garde les crampons.
Fred passe en tête, Mathieu ferme la marche.
Première longueur sympathique, un pas sur dalle un peu technique.
Deuxième longueur tout aussi sympa, un passage en boîte aux lettres.
la suite en corde tendue jusqu'au sommet.
Au sommet, les nuages ne nous permettent pas de profiter tellement de la vue. Par moments le brouillard se déchire et nous laisse voir le refuge Durier et les Miage.
Versant nord, on devine juste les 1600m de vide qui nous séparent du glacier.
On devine tout le développé de l'arête, qui se perd dans les nuages au niveau du piton des Italiens (4002m).
Pause photos et vidéo.
La météo a l'air stable. Pas franchement beau, pas franchement mauvais. On décide de continuer par l'arête.
Très vite l'arête se fait éffilée et très fine. C'est somptueux. La trace suit le fil un peu trop près des corniches à notre goût et plusieurs fois nous ne la suivons pas.
C'est très impressionnant. Même si je n'ai pas le vertige je ne me sens pas super à l'aise et par deux fois je passe à califourchon, l'arête étant aussi large qu'un pied...
C'est moi Matthieu, c'est toi Mathieu, c'est moi le jaune, c'est toi le rouge ;-)
On gagne rapidement le col (3888m), puis la montée reprend via le fil de l'arête vers le Piton des Italiens (4002m) et le Dôme du Goûter.
Le vent devient beaucoup plus fort et on se fait prendre par le brouillard. On perd les traces de pas vers 4280m.
Instants d'inquiétude. On sait vaguement où on est, mais il y a des séracs sur la face. On ne voit vraiment rien. C'est la tempête. On allonge l'encordement.
On ne peut s'empêcher dans ces moments-là de penser au pire. Creuser un trou, ...
La descente du Dôme du Goûter est connue pour ne pas être évidente par mauvais temps.
On décide de ne pas trop descendre, de suivre notre ligne de niveau en espérant retomber sur l'autoroute de la voie normale du mont Blanc. La trace était visible la veille depuis la vallée, elle doit donc être très large.
On ne croise personne. Plusieurs fois on distingue des séracs juste au dessus, puis on traverse une zone crevassée.
Au final on tombe sur des traces de pas... puis des traces de pipi... et une gerbe ! pas de doutes, on a retrouvé la trace ! :-)
On est à 4200m environ. On essaye de suivre les traces, les perdant par moments puis retombant dessus. Finalement une tente... puis des étrangers essayant de plier leur bivouac... et enfin le refuge du Goûter. Il est 13h.
On s'engouffre dans le refuge à la recherche d'un peu de chaleur. Il n'y a pas mal de personnes, beaucoup sont étrangères.
On commande quelque chose à manger : soupe, café ou thé.
Nous avons du mal à nous réchauffer. Il doit faire 13 degrés dans la grande salle. On appelle nos familles pour leur dire notre situation , que tout va bien mais qu'on a mis plus de temps que prévu.
On ne sait pas encore si on va redescendre ou dormir en refuge. Aucune envie de retourner dehors...
Et puis finalement, on appelle le répondeur météo France. Il annonce "quelques nuages en fin de matinée"...no comment... et une dégradation pour lundi.
Autant resdescendre. Au moins à Tête Rousse.
On part du Goûter à 14h.
Descente rapide. Nous quittons le glacier de Tête Rousse à 15h10. Nid d'Aigle à 16h10. C'est encore possible de descendre via le train du TMB... Le pied !
On prend le train à 16h50. La vendeuse nous a dit qu'on serait au col de Voza à 17h35... La télécabine du Prarion ferme à 17h45 : impossible de l'avoir :-(
Et puis, pour rigoler, je pense à faire du stop pour remonter... Il y a des 4*4...
Col de Voza à 17h15. On a 30 minutes pour faire 200m de dénivellée, avec la fatigue du WE, les gros sacs, ... C'est jouable !!!
On tente le tout pour le tout et on part en trottinant. 17h20... 17h25...17h30... Et là, un 4*4 me double. Puis double Mathieu... Et s'arrête au niveau de Fred. Génial !
On monte tous les trois dans la benne du pick-up et il nous monte au télécabine. 17h40 ! C'était juste !
Et nous voilà de retour à la voiture à 18h00. Qui l'eût cru ? HAPPY END !
4h plus tôt on était tous les trois démotivés et renoncés à passer une nuit supplémentaire en refuge, et au final on est à la voiture :-)
BILAN : très belle course. Même si la météo ne nous a pas permis de profiter pleinement de la vue et de la magie de cet itinéraire, je pense que cette course restera un bon souvenir pour tous les trois.
On comprend mieux ce que ça fait de se retrouver dans la tempête à 4300m. Nous avons eu certes un peu de chance, mais c'est aussi parce que nous avons bien géré la situation : beaucoup de sang froid, concertation régulière des uns et des autres, entraide.
Un bon moyen de tester la fiabilité de la cordée. Et quelque part, la satisfaction de pouvoir compter les uns sur les autres.
L'année dernière on avait trouvé la traversée des arêtes de Rochefort assez exposée et fine. Par rapport à l'arête de Bionnassay, c'est "rando"...
Attention à ne pas sous-estimer cette course, c'est quelque chose de très beau mais qui nécessite d'être sûr de soi et concentré tout le long.
La haute-montagne dans la tempête, ça donne pas franchement envie de creuser un trou pour y passer la nuit...
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